
Quelques mois après l'inauguration, l'illustre organiste allemand Helmut
Walcha donne un récital à Saint-Pierre. Au cours de la réception qui suit, il
s'exprime ainsi: «Quelle chance vous avez, Monsieur Segond, de ne pas avoir dû
faire construire cet orgue plus tôt! J'ai eu moi aussi la même chance. C'est
seulement l'année dernière qu'on m'a demandé pour la première fois de m'occuper
d'un orgue nouveau. Si nous avions dû le faire avant, que d'erreurs nous aurions
commises! Tant de choses ont changé maintenant! »
/bigger>/fontfamily>Cherchons
à connaître en quoi consiste ce changement; nous comprendrons alors dans quel
climat le nouvel orgue de Saint-Pierre a été conçu et réalisé.
Un peu d'histoire
/bigger>/fontfamily>
/bigger>/fontfamily>L'orgue de
la cathédrale avait été construit en 1907 par la Manufacture Tschanun de Genève.
C’était un exemple typique de ces instruments romantiques construits dans notre
pays du début du siècle jusque vers 1930 et qui foisonnaient encore dans les
années 60. Ils avaient tous une traction pneumatique. L'imprécision du toucher
causée par le système de transmission était quasi générale, elle faisait partie,
croyait-on, de la nature même de l'orgue…
Et la traction mécanique?
A part les deux Positifs construits au début du XIXe siècle, seul l'instrument
de la Chapelle des Macchabées, le plus ancien des instruments genevois à deux
claviers et pédalier, était à traction mécanique! Petit, peu connu, peu utilisé,
il a longtemps fait figure de vieille chose parmi ses congénères!
Vers 1930, l'orgue pneumatique est remis en question. En Allemagne d'abord, l'Orgelbewegung
souhaite un retour au classicisme. L'étude des textes anciens, l'intérêt pour la
musique du XVIIe et du XVIIIe siècle font qu'on ne se satisfait plus de l'orgue
romantique: Bach, Couperin, Grigny, par exemple, y sonnent mal, à cause du
manque de clarté polyphonique. Peu à peu, vont se créer des instruments d'un
type nouveau, dit néoclassique: beaucoup de jeux de 8' seront remplacés par des
jeux plus clairs; on aimerait être plus proche des XVIIe et XVIIIe siècles.
Toutefois on ne renonce pas aux jeux ondulants ni aux claviers expressifs de
l'orgue romantique. On vise à une synthèse de l'orgue romantique et de l'orgue
classique. On aime à dire «un orgue à tout jouer». L'harmonisation n'est pas
très différente de celle des orgues romantiques. Pour ce qui est de la
transmission, les tubes de plomb du système pneumatique sont remplacés par des
fils électriques. Le pneumatique tubulaire a vécu. Le système électropneumatique
marque un net progrès: l'imprécision est moins grande!1 Le point d'aboutissement
de ce mouvement est, à Genève, l'orgue du Victoria Hall, inauguré en 1949.Cet
instrument a été détruit au cours d’un incendie en 1984. Il était de conception
semblable à l'orgue du Palais de Chaillot à Paris (1939) ou à celui de la
cathédrale de Reims (1939). Les jeux caractéristiques de l'orgue classique,
français et allemand, et de l'orgue romantique y figurent en abondance. Deux
claviers sont expressifs. Dans la plupart des orgues de cette époque on a
supprimé le buffet. Les tuyaux sonnent à l'air libre. Autrefois on vouait un
soin attentif aux boiseries qui entouraient les tuyaux. Dans l'orgue
néoclassique des tuyaux se présentent seuls, sans encadrement, dans leur nudité…
Une nouvelle évolution va se faire. Elle prend sa source au Danemark, dans les
dernières années de la guerre. Elle va s'y développer rapidement, se répandre
aux Pays-Bas, en Allemagne et atteindre notre pays au milieu des années 50. De
quoi s'agit-il?
La réforme de l'Orgelbewegung s'arrêtait à mi-chemin, pensait-on. Les orgues
néoclassiques avaient des jeux qui portaient certes les mêmes noms que dans les
orgues d'autrefois, mais les tailles et l'harmonisation étaient encore teintées
de romantisme ou dépourvues de tout style. Allons jusqu'au bout, tournons le dos
au romantisme, regardons comment faisaient les anciens, imitons-les! Pour cela
on se met d'abord à écouter, à examiner, à mesurer les orgues miraculeusement
préservées des XVIIe et XVIIIe siècles. On redécouvre l'harmonisation à plein
vent. On constate alors en France, en Allemagne, en Italie, que l'orgue
néoclassique ne leur ressemble nullement! Celui-ci voulait être une synthèse.
Les nouvelles orgues, au contraire, ressortiront à un seul style. Quelle
différence, au XVIIIe siècle par exemple, entre un orgue français et un italien
ou un allemand! L'intérêt pour la musique baroque croît constamment. C'est donc
d'orgues baroques dont on va s'inspirer et plus particulièrement d'orgues
baroques allemandes. C'est Bach qu'il faut d'abord mettre en valeur. On proclame
haut et clair que l'orgue à tout jouer n'existe pas. Il faut choisir! Mais ce
n'est pas si simple de s'inspirer des instruments anciens! Les facteurs ont
leurs habitudes et ils mettront un certain temps avant d'en acquérir de
nouvelles, en s'inspirant des anciens.
Ainsi dans notre pays, la fin des années 50 est une période de transition. C'est
la fin de l'ère néoclassique, on vise à l'idéal esthétique de l'orgue baroque.
Une chose cependant semble acquise: c'est la traction mécanique. Beaucoup de
facteurs doivent réapprendre leur métier. Ils feront toutes sortes d'expériences
surtout sur de petits instruments. Certains hésiteront à construire un orgue de
trois ou quatre claviers avec une traction mécanique…
Un autre problème est celui du confort de l'organiste. Il arrive souvent qu'au
cours d'un morceau l'organiste doive changer de registration. Si le tirage des
jeux est mécanique, un organiste doit se faire aider par une ou deux personnes.
Dès l'instauration du pneumatique, on a construit des «combinaisons libres» ou
des «combinaisons enregistrables»: l'organiste peut préparer une, deux ou trois
séries de jeux, qu'il appellera en appuyant sur un bouton ou sur une pédale.
L'électricité a simplifié et perfectionné le système, ou plutôt les systèmes,
qui sont nombreux et variés.
Au moment du retour à l'orgue ancien, on a d'abord gardé les perfectionnements
de la technique moderne en matière de tirage des jeux, puis on s'est dit: «Les
anciens ignoraient les combinaisons enregistrables, les modernes le pourront
aussi!» Et il a longtemps répugné aux facteurs de mettre de l'électricité au
milieu d'une belle mécanique. Deux concessions toutefois: le moteur de la
soufflerie et… l'éclairage de la console!
/bigger>/fontfamily>Premiers projets/bigger>
Dès qu’il a été nommé titulaire des orgues
de la cathédrale, Pierre Segond a rendu attentif les milieux musicaux et la
Paroisse à l’état défectueux de l’orgue. Que faire ? Le remettre en état, le
transformer un peu, ou construire un instrument neuf ? Divers projets sont
élaborés, qui ne veront pas le jour à cause du manque d’argent en ces temps
difficiles. Puis ce fut une période de stagnation. Plus rien ne se passe et
l’orgue continue à se dégrader.
/fontfamily>En mars 1956,
l'Activité de jeunesse secoue le grelot en organisant une soirée. Le résultat
financier ne permet certes pas de payer un jeu, mais l'effet psychologique est
très important. C'est peut-être bien cette soirée qui fit démarrer l'immense
machine, et cela de façon définitive.
/x-tad-smaller>/fontfamily>/bigger>
En 1957 deux nouvelles expertises sont demandées, l'une à un musicien, Viktor
Schlatter, organiste du Grossmünster de Zurich, l'autre au facteur d'orgue Ernst
Mulheisen, de Strasbourg. L'un et l'autre sont catégoriques: une réparation et
une électrification seraient à la longue plus onéreuses que la construction d'un
nouvel instrument. Pierre Segond l'expliquait avec beaucoup de poésie:
«Consacrer en quelque sorte ces graves manquements pour de nombreuses années par
une électrification comportant entre autres et forcément une console entièrement
nouvelle, ce serait un peu comme si l'on dotait de rames neuves un bateau
vermoulu. Et encore: ces rames pourront être utilisées sur un nouveau bateau,
tandis que nettoyage et transformation n'auraient servi à rien quand il
s'agirait plus tard d'un instrument neuf. Ce serait donc là de l'argent – une
assez grosse somme – totalement gaspillé.
Non, la seule solution valable dès aujourd'hui est bien l'acquisition de
nouvelles orgues…»
/bigger>/fontfamily>
Construction du nouvel instrument
C’est en 1960 que les choses changent. Une commission est créée. Elle se
montre dynamique. «Je parie un bon repas, Monsieur le Président, que l'État de
Genève fera un gentil bénéfice sur la prochaine rentrée des impôts», disait un
membre de notre commission, homme politique en vue, au grand argentier de la
République. Ce fut le cas, et l’État versa une importante subvention, puis la
Ville de Genève versa la sienne, qui s’ajouta à la somme recueillie par les
Chantiers de l’Église et par les économies accumulées depuis 1943. En 1961 un
nouvel appel financier est lancé. Il est fort bien accueilli. Dès lors, on peut
aller de l’avant.
Deux manufactures ont été priées de faire
des offres. Celle de Genève et Metzler de Dietikon (ZH).
Dans cette période de transition des années 50, certaines manufactures sont
allées de l'avant, d'autres hésitaient. La manufacture de Genève n'avait pas
encore construit d'orgue à trois claviers mécaniques. Metzler venait de réaliser
deux orgues admirables: celui de la cathédrale de Schaffhouse en 1959 et celui
du Grossmünster à Zurich en 1960.
Et c'est au printemps 1960, après une visite de la Commission des orgues à
Schaffhouse et au Grossmünster, qu'il fut décidé de confier la construction des
orgues de Genève à MM. Metzler: nous avions la preuve qu'ils étaient capables de
construire un orgue de cathédrale à la fois solide et beau.
Le travail dans cette entreprise familiale est parfaitement organisé. M. Oskar
Metzler père était le chef de la manufacture, qui compte une quarantaine
d'ouvriers. M. Oskar fils était responsable de tout ce qui est mécanique, tandis
que la fabrication des tuyaux et l'harmonisation étaient confiées à M. Hansueli
Metzler. Heureuse famille où chacun a trouvé la place qui convenait à son propre
génie!
On discute.
/fontfamily>1961, c'est aussi le début, pour MM.
Metzler, Pierre Segond et moi-même, d'une période de voyages entre Dietikon et
Genève, Genève et Dietikon, et d'un fréquent échange de lettres: il fallait
mettre au point la composition.
/fontfamily>Nous proposons 70 jeux.
- C'est beaucoup trop, nous est-il répondu. Un orgue de 50 jeux suffirait.
- Pour l'intensité peut-être, mais un orgue de cathédrale doit avoir une vaste
palette sonore. Le Grossmünster a 67 jeux…
C'était le début d'une discussion de plusieurs années. La lutte fut serrée. Qui
gagnerait du terrain à la prochaine rencontre?
«Je suis heureux, cher Monsieur Segond, écrivait Hansueli Metzler, que nous
puissions discuter de tout si tranquillement et si utilement. C'est très
important, même s'il faut quelques semaines de plus jusqu'à la signature du
contrat… L'essentiel est qu'il y ait pour finir un bel orgue. Et cet orgue sera
beau, j'en suis certain.»
N'est-ce pas une condition primordiale de réussite, que tous ceux qui
contribuent à la réalisation d'une œuvre d'art travaillent dans un esprit de
franche collaboration et d'estime réciproque?
Il était vain de discuter de la composition si nous n'avions au moins une
esquisse du buffet. Aussi nous fallait-il trouver sans tarder un architecte.
- Demandez à M. Andersen de Copenhague, nous propose M. Oskar Metzler père, nous
avons déjà collaboré avec lui, c'est l'homme de la situation. «Er ist der
beste Mann, er ist der einzige Mann.»
Ainsi quelques mois plus tard, M. Andersen qui avait trouvé dans une
bibliothèque à Copenhague l'ouvrage de Camille Martin sur notre cathédrale, paru
en 1910, venait à Genève présenter son projet. La Commission cantonale des
monuments et des sites l'approuva presque sans discussion, le trouvant même
élégant et s'harmonisant bien avec l'architecture de Saint-Pierre. Le futur
orgue devait mettre en valeur le fond de la nef: les piliers, coupés par
l'ancienne galerie seraient dégagés; à droite et à gauche de l'orgue, le mur du
fond serait visible, ce qui agrandissait en quelque sorte la cathédrale.
Certains membres de ladite commission cependant rechignaient: « Ces cercueils
dressés sont-ils indispensables?»
Comment ne pas se réjouir d'avoir comme collaborateur M. Andersen, lui qui a été
l'un des principaux artisans du renouveau de l'orgue, au Danemark d'abord, puis
dans toute l'Europe, lui qui est l'un des meilleurs facteurs d'orgue de notre
temps?
Le dessin de M. Andersen révélait qu'il n'y avait pas tout à fait assez de place
pour loger autant de jeux qu'on voudrait. «Le plus difficile est bien le Récit,
parce qu'il est moins large que le Grand-Orgue, nous écrivait M. Hansueli
Metzler. Et on ne peut pas gagner de la place en profondeur, car «je vous rends
attentif au fait que l'orgue sonne d'autant mieux qu'il est moins profond et
qu'il y a moins de jeux». Si vous préférez: «Moins un orgue a de jeux, mieux il
sonne!!! Et s'il n'en a plus du tout, sonnera-t-il encore mieux?» lui est-il
rétorqué. «Prenez garde que le Positif ne devienne un Positief!»
Avant de signer un contrat, la Commission des orgues demanda à MM. Marchal,
Grünenwald et Gagnebin de donner leur avis sur la composition. Ces trois
musiciens approuvèrent l'ensemble et firent quelques suggestions de détail (qui
ne comportaient aucune suppression, mais toujours des adjonctions)!
Le contrat fut signé le 8 janvier 1962.
Voyages

/fontfamily>Malgré toute notre
confiance en la Maison Metzler, nous avions une légère crainte: le futur orgue
de Genève ne risquait-il pas de réciter la musique française avec l'accent
suisse allemand? Hansueli Metzler accueillit avec enthousiasme l'idée d'un
voyage en France. Georges Lhôte, qui suivait de loin les travaux, accompagne le
groupe, tient à montrer lui-même aux facteurs suisses allemands et danois les
beaux instruments historiques de son pays./x-tad-smaller>/fontfamily>/bigger>
/bigger>/fontfamily>Le moment
le plus important de ce voyage fut certainement la visite de la cathédrale de
Poitiers. «Il n'y a que 44 jeux», nous reprochait amicalement M. Metzler.
Quelles Trompettes, quels Cornets, quel Cromorne! «Il y aura beaucoup à
digérer!» s'extasiait M. Andersen, qui m'a dit en 1966: «Je viens de faire un
orgue français en Suède!»
Quelques semaines plus tard, M. Segond et moi nous nous rendions à Copenhague.
Quelle chaude hospitalité! Quels orgues admirables!
- La mécanique n'est jamais un problème pour nous, il y a plus de vingt ans que
nous la pratiquons, disait M. Andersen.
Que fallait-il le plus admirer? L'orgue de Jaegersborg, de 1943, en tous points
parfait, nullement démodé, ou le dernier-né, celui de Hälsingborg, en Suède?
Nous nous attachions tout particulièrement à celui de Slagelse, ville du
Seeland, dont le buffet, dessiné par M. Andersen, est un frère aîné de celui de
Saint-Pierre. Même forme des boiseries, même disposition, avec son Oberwerk
un peu en retrait.
Chez M. Andersen, on discuta une fois de plus de la composition qui fut
définitivement arrêtée à Dietikon, quelques semaines après notre retour du
Danemark. L'orgue de Saint-Pierre aurait 67 jeux.
Naissance
/bigger>/fontfamily>Fin août 1963.
Cathédrale Saint-Pierre. M. Oskar Metzler fils avale de la poussière; avec
quelques ouvriers, il démonte le vieil instrument. «C'est un sale travail», nous
dit-il. Mais son visage s'éclaire quand il songe à la belle mécanique à venir.
Un orgue de chœur nous est prêté pour le temps des travaux. (Montre 8', Flûte à
cheminée 8', Prestant 4', Sesquialtera, Fourniture; Bourdon 8', Flûte à cheminée
4', Doublette 2', Larigot 1’1/3; Soubasse 16', Bourdon 8'). Accompagnée par
trois jeux, l'assemblée chante mieux qu'avant!
/x-tad-bigger>/fontfamily>Mais
les choses n'avancent pas aussi vite que prévu. Il y a du retard. D'une part, le
21 janvier 1963, une conduite d'eau mal protégée contre le gel avait sauté. Une
partie de la voûte s'est abîmée. Un immense échafaudage se dresse dans
Saint-Pierre. D'autre part, quand l'orgue de Tschanun fut enlevé, on s'aperçut
que le mur du fond avait été véritablement massacré en 1907. Il fallait le
remettre en état.
De leur côté, MM. Metzler s'expliquent:
»Pour un ouvrage qui doit rester au moins deux siècles, quelques mois de retard
dans le montage sont sans importance.»
En avril-mai 1965, l'ancienne galerie est déposée; on coule une dalle de béton
qui est ancrée seulement dans le mur de fond. En juillet a lieu le montage de
l'instrument neuf, en juillet-août la peinture, en août, septembre et au début
d'octobre l'harmonisation. L'orgue est pratiquement terminé un mois avant
l'inauguration.
Il s'agit de préparer soigneusement ce grand jour. «Pas de grand fla-fla!»
souhaitait-on à la paroisse. Pourtant le concert du 21 novembre 1965 voit
affluer près de 2000 auditeurs. Deux jours plus tard, un second concert en
accueille presque autant. M. Andersen était venu tout exprès du Danemark. Il
félicite MM. Metzler. Il trouve l'orgue facile à manier, souple, «flexibel»,
comme il dit.
DONNÉES TECHNIQUES
Architecture
/bigger>/fontfamily>Construit
selon les principes de la tradition classique, le buffet de l'orgue correspond à
la disposition intérieure. «Les quatre claviers manuels, explique M. Andersen,
et la pédale se reflètent de façon claire dans les subdivisions de la façade.
D'autre part, tous les tuyaux sont parlants et ont des dimensions «honnêtes».
/x-tad-bigger>/fontfamily>Les
boiseries du buffet ont été rendues aussi légères que possible afin que les
tuyaux constituent l'élément décoratif prédominant; non seulement elles sont
nécessaires pour des raisons pratiques et acoustiques, mais leur rôle est aussi
de former des cadres aux groupes richement détaillés de tuyaux; elles doivent
également indiquer les proportions principales des diverses parties de la
façade, que ce soit ces proportions entre elles ou les proportions de ces
parties par rapport à la nef.
Si l'on regarde l'ensemble du buffet, l'on se rend compte que la perspective
classique, formée du buffet principal et du Positif, a été complétée d'un
troisième plan: au-dessus du Grand-Orgue, un peu en retrait, se situe le Récit
expressif.
Par ailleurs l'orgue est maintenant libéré de l'édifice; il ne coupe plus
l'architecture de la nef.
Le but de l'architecte-facteur d'orgues a été de donner une image de la grande
richesse sonore du nouvel instrument et de permettre à l'architecture visuelle
et à l'architecture sonore de s'unir dans cette synthèse classique qui,
heureusement, est devenue moderne. »
Les plans sonores
/bigger>/fontfamily>Le /bigger>/fontfamily>
Grand-Orgue/bigger>/fontfamily>
est situé au centre de l'instrument. Sa façade est formée par la Montre 8'. Sa
pyramide sonore est basée sur une Montre 16', laquelle se situe devant le Récit.
A côté des jeux habituels à un Grand-Orgue de cette espèce, mentionnons les
Chamades 8' et 4'. L'éclat de tels jeux dans les orgues espagnoles les ont mis à
la mode chez nous dans les années 60. Les Trompettes horizontales (celles de
Saint-Pierre ne sont pas de style espagnol) sont capables de donner une
puissance supplémentaire, une dimension nouvelle à l'ensemble de l'orgue. La
Trompette 8' et la Bombarde 16' situées dans le buffet sont d'esthétique
allemande classique. A la console, le Grand-Orgue est commandé par le deuxième
clavier.
Le buffet du Positif est une réplique en plus petit de celui du
Grand-Orgue. C'est la Montre 8' qui est en façade. A côté du Plein-jeu et du
Cornet, remarquons un très beau Cromorne. A la console, c'est le premier
clavier.
Le Récit est placé plus haut, un peu en retrait. Oberwerk
allemand, Récit romantique français? C'est le clavier qui a donné le plus de
souci à ceux qui ont pensé l'orgue, à ses constructeurs et qui a été le plus
discuté. Mais c'est en partie grâce à ce Récit que l'orgue de Saint-Pierre mûrit
si bien.
Mélange hybride, synthèse néo-classique?
Il donne une couleur romantique si on le souhaite, il enrichit le Plein-jeu du
Grand-Orgue, il possède des jeux de détail variés.
Plusieurs jeux proviennent des orgues de Tschanun et même de Merklin. Ce sont le
Salicional, la Voix céleste et les anches 8' et 4'. Le Hautbois s'appelait
Hautbois-Basson; c'étaient en fait deux demi-jeux. Metzler a atténué la rupture
de timbre entre le Hautbois et le Basson.
Le Récit est expressif, comme il convient. C'est le troisième clavier qui le
commande.
Un orgue de cathédrale se devait d'avoir quatre claviers. Au-dessous du
Grand-Orgue, juste au-dessus de la console, sont logés les petits tuyaux que
fait parler le clavier le plus proche. Des volets, qu'on peut mouvoir à la main,
permettent d'ouvrir ou de fermer l'écrin qui les contient. Ce plan sonore, les
Allemands le nomment «Brustwerk». Nous l'appelons l'Echo. En
effet, par sa situation, il paraît plus lointain quand on l'entend de la nef.
A côté du Bourdon 8' de la Flûte 4' et de la Cymbale claire et menue qui
s'appuie sur un Principal 2' , remarquons une Petite-Sesquialtera de caractère
nordique: elle pourra colorer le Plein-jeu ou servir à former un Cornet 4'. Deux
belles anches à l'allemande complètent l'ensemble: une Voix humaine 8' et une
Régale 16'.
Deux grandes tourelles encadrent le corps du buffet. C'est là que, selon une
tradition nordique, sont logés les tuyaux de la Pédale. L'emplacement en
est excellent. Les basses ne doivent-elles pas soutenir, «entourer» en quelque
sorte tout l'édifice sonore? Le Plein-jeu est basé sur le Principal 16' dont on
admire les gros tuyaux en façade.
Les combinaisons enregistrables
/bigger>/fontfamily>On a choisi le
système /bigger>/fontfamily>
Orégis/bigger>/fontfamily>,
inventé quelques années auparavant par le Genevois Pierre Riondel. Il peut
garder en mémoire 72 combinaisons; 12 rouleaux contiennent chacun 6
combinaisons. Il suffit d'appuyer sur la pédale ou le bouton adéquat pour
appeler une combinaison qu'on aura préalablement enregistrée. On se sert
d'autres boutons pour changer de rouleau. Ces combinaisons peuvent être appelées
indépendamment pour chaque clavier.
Ce système a donné toute satisfaction pendant de nombreuses années. Puis, à
cause de l'usure, il est devenu moins fiable. Finalement, on s’est décidé à
installer un nouveau combinateur, plus performant, nommé Incoset, et qui permet
d’enregistrer à l’avance 256 combinaisons.
Conclusion
/bigger>/fontfamily>Nous avons
parlé du tournant esthétique des années 50 et de la direction nettement baroque
prise alors par la plupart des facteurs d'orgue et notamment par les Metzler:
traction mécanique, plans sonores nettement différenciés, harmonisation à plein
vent, tirage des jeux mécaniques (Saint-Pierre est le dernier orgue où Metzler a
placé des combinaisons enregistrables), suppression de tout ce qui avait été
inventé après le XVIII/x-tad-bigger>/fontfamily>e
siècle (jeux gambés, boîte d'expression). Le modèle est en général l'orgue
allemand des XVIIe et XVIIIe siècles. Cependant, au cours des années 60,
l'intérêt pour l'orgue classique français n'a cessé de croître.
/x-tad-bigger>L'orgue de Saint-Pierre obéissait à cette tendance, si
on excepte le troisième clavier.
Dans les années 60, j'ai entendu plusieurs fois des organistes tenir après leur
concert des propos tels que: «Je n'ai pas touché au troisième clavier, il est
inutile, il abîme, il salit ce bel instrument!»
Mais au cours de la décennie suivante, l'intérêt pour l'orgue romantique se
manifeste. On veut sauver les Cavaillé-Coll que dix ans avant on jugeait laids
et qu'on avait même commencé à «baroquiser». On se remet à jouer Vierne et
Widor, qui étaient le comble du mauvais goût! La curiosité, plus récente encore,
pour l'art nouveau, pour le «rétro», et la volonté actuelle, toujours plus
forte, de sauvegarder ce qui est ancien sans porter de jugement esthétique,
contribueront à remettre en honneur la musique d'orgue et la facture
romantiques.
Pourquoi alors ne pas construire un orgue romantique? Des Danois s'y sont
risqués au début des années 70 déjà.
Et les Metzler alors? Fidèles à eux-mêmes, ils resteront dans la tradition
classique allemande, sans craindre de regarder une fois ou l'autre du côté de la
France, celle du XVIIIe siècle ou celle de Cavaillé-Coll.
En automne 1981, ils inauguraient un très bel orgue à Fribourg-en-Brisgau, dont
la conception n'est pas très éloignée de celle de Saint-Pierre. La composition
du Récit expressif n'est-elle pas sœur de celle de notre cathédrale?
Et quand, en 1981, – l'orgue avait été muet pendant quatre ans à cause des
travaux de restauration de la cathédrale – Hansueli Metzler revint à
Saint-Pierre, il déclara: «C'est bien, je retrouve mon instrument. Si maintenant
je devais le refaire, il ne serait pas différent.»
Tant de choses ont changé, affirmait Helmut Walcha en 1966! Et depuis lors?
L'évolution va surtout dans le sens d'une meilleure connaissance du métier, mais
on ne saurait parler de changement. Les nombreux et excellents instruments
construits à Genève depuis 1965 en témoignent.
L'orgue de Saint-Pierre a prouvé sa qualité. Pierre Segond y a enregistré des
disques comportant un programme éclectique. Lionel Rogg y a gravé une partie
importante de l'œuvre de Bach – l'instrument n'a-t-il pas été conçu d'abord pour
servir Bach? – et il y a fait aussi un disque avec de grandes pièces de Liszt.
L'organiste français Louis Thiry l'a choisi pour enregistrer l'œuvre complète de
… Messiaen. Messiaen… dont l'esthétique est à l'opposé de celle de Bach…
François Delor y a enregistré deux CD, pour ne citer que ces exemples.
N'est-ce pas la preuve qu'un orgue bien pensé, bien réalisé, bien situé,
s'accommode aussi des musiques qui ne lui sont pas expressément destinées?
N'est-ce pas le plus bel hommage rendu à la qualité de l'instrument?

Relevage
Depuis sa construction, l’orgue a toujours été soigneusement entretenu et
régulièrement accordé. Toutefois il était normal qu’après presque 40 ans on
procède à une révision totale de l’instrument. C’est cela qu’on appelle un
relevage. Ainsi, de janvier à avril 2003, l’orgue a été complètement démonté,
tous les tuyaux ont été nettoyés, les sommiers, qui avaient quelques fuites, ont
été réparés. La mécanique a été entièrement revue et, dans la mesure du
possible, améliorée. La Maison Metzler a chargé le facteur d’orgues Johannes
Roehrig de la direction du chantier. Pour que les ouvriers puissent travailler,
on a édifié une galerie en construction tubulaire, qui servait d’atelier.
Certains jeux ont été réharmonisés, pour donner plus de rondeur à la sonorité,
mais dans l’ensemble, l’orgue n’a pas été modifié.
Le résultat de ce relvage est tout à fait satisfaisant et l’orgue de
Saint-Pierre continue sa vie de magnifique instrument de concert.
Paul-Louis Siron
Composition
III Récit expressif, 58 notes
Bourdon 16'
Flûte 8'
Salicional 8'
Voix Céleste 8'
Principal 4'
Gemshorn 4'
Flûte à Fuseau 4'
Nasard 2 2/3'
Flageolet 2'
Tierce 1 3/5'
Piccolo 1'
Fourniture IV-V
Cymbale III
Douçaine 16'
Trompette 8'
Hautbois 8'
Clairon 4'
II Grand-Orgue, 58 notes
Montre 16'
Montre 8'
Dulciane 8'
Bourdon 8'
Prestant 4'
Flûte conique 4'
Quinte 2 2/3'
Doublette 2'
Cornet V
Fourniture V
Cymbale III
Bombarde 16'
Trompette 8'
Chamade 8'
Chamade 4'
IV Écho expressif (volets à main), 58 notes
Bourdon 8'
Flûte 4'
Principal 2'
Bourdon conique 2'
Sifflet 1'
Petite Sesquialtera II
Cymbale II
Régale 16'
Voix Humaine 8'
Tremblant
I Positif, 58 notes
Montre 8'
Bourdon à cheminée 8'
Quintaton 8'
Prestant 4'
Flûte à cheminée 4'
Doublette 2'
Nazard 2 2/3'
Tierce 1 3/5'
Larigot 1 1/3'
Plein-Jeu III-IV
Cromorne 8'
Musette 4'
Tremblant
Pédale, 32 notes
Soubasse 32'
Principal 16'
Soubasse 16'
Principal 8'
Bourdon 8'
Octave 4'
Flûte 4'
Flûte 2'
Gros Cornet III
Mixture IV
Contrebasson 32'
Bombarde 16'
Trompette 8'
Régale 8'
Clairon
Accouplements, tirasses
POS/GO, REC/GO, ECHO/GO
POS/PED, GO/PED, REC/PED
Console en fenêtre
Combinateur électronique (256)
Pression du vent :
Echo : 60 mm.
Positif : 65 mm.
Grand-Orgue, Récit, Pédale : 70 mm.
Photographies
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